FRANÇOISE DEPREZ

À la recherche des sentiers bleus
lundi 1er décembre 2025
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Il y a quarante ans, le film Quadrophenia immortalisait les Mods des années 1960. Cette jeunesse anglaise, insolente et nonchalante, porte la modernité comme on porte un regard. Elle aime la vitesse, la musique qui fait vibrer le cœur, et les nuits où tout semble possible.
Aujourd’hui, les Mods ont vieilli mais restent terriblement stylés et leurs descendants perpétuent avec élégance leur look so British. Sur leurs Lambretta et Vespa rutilantes et ultra-chromées, ils déboulent par centaines le long du front de mer de Brighton.

Françoise


À la galerie du cinéma Churchill
Du 24 novembre au 1er février 2026

Françoise Deprez

Françoise Deprez, Brighton, 2018, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm
Françoise Deprez, Brighton, 2018, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm

Dès qu’elle le peut, Françoise Deprez prend rendez-vous avec la Mer du Nord pour y vivre au rythme des lumières qui s’y reflètent, mêlant les roses, les parme, les gris profonds et toute la gamme des bleus, sa couleur préférée.
Elle fuit les plages bondées, les paysages dénaturés par les immeubles en béton car, à quelques kilomètres de cette mutation architecturale, il existe encore des endroits sauvages où elle croise, dès l’aube, des pêcheurs ramenant avec leurs vieux chevaux des filets de crevettes.
Guidée par une boussole magique, son appareil en bandoulière, elle s’infiltre dans les interstices, les chemins abandonnés, les lieux à l’écart, à la rencontre de ceux qui y vivent et ne semblent plus intéresser personne. Vous la cherchez ? C’est par là que vous la trouverez souvent accompagnée de sa fille Charlotte, photographe elle aussi, et de leur chien Agathe, un trio qui travaille en symbiose et se serre les coudes lorsque le vent se lève.

Françoise Deprez, Brighton, 2018, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm
Françoise Deprez, Brighton, 2018, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm

Françoise, je la connais depuis des années, elle m’envoie, d’où qu’elle soit, les photos de ses découvertes et de ses éblouissements. Si je devais la définir rapidement, je dirais qu’elle s’apparente à une journaliste poète, humaniste et bienveillante, sachant saisir aussi bien la beauté d’une vague, la tendresse d’un geste ou la détresse d’un silence pour proposer des images où la narration et le sens de l’écoute occupent toujours une place centrale.
Son papa l’a initiée très jeune à la photographie, qui va devenir pour elle au fil du temps une véritable vocation. Françoise s’inscrit à des ateliers et des workshops, elle y rencontre des photographes reconnus tels Sandrine Lopez, Philippe Herbet, Sébastien Van Malleghem, qui l’aident à affiner ses choix. Son travail, dès lors, atteint une reconnaissance que son curriculum reflète.
Néanmoins, aucun effet de style, aucun « truc tendance » n’entameront sa démarche ; l’authenticité de son travail reste sa marque de fabrique. En témoignent ses reportages lors de « thés dansants » organisés par une maison de repos, non loin de chez elle, où chacun se met sur son « 31 » pour se lancer dans une valse ou risquer un twist.
Et puis, il y a aussi ses portraits d’une tendresse merveilleuse sur les gens seuls et leurs animaux, ou encore ces images bouleversantes des victimes des inondations de juillet 2021, à la rencontre desquelles elle part avec l’autrice Caroline Lamarche. Ces photos accompagnées par les textes figeront à jamais le désespoir, la fatigue et la boue dans le livre paru à cette occasion Toujours l’eau aux Éditions du Caïd.
Pour cette exposition que Wégimont Culture propose au Churchill, changement de cap, nous retrouvons la mer en franchissant la Manche, nous sommes à Brighton. Chaque année s’y déroule le rassemblement des Mods qui ont marqué par leur excentricité, leur style vestimentaire, leur musique et leur excès en tous genres, une époque aujourd’hui révolue et sans doute inconcevable, les années 60.
Sea, free and style made in England…que la fête commence.

Dominique Mathieu

Brighton

Brighton.

Françoise Deprez, Brighton, 2019, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm
Françoise Deprez, Brighton, 2019, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm

J’y retourne chaque année.
C’est une ville qui danse entre la mer et la campagne,
entre le passé et le présent, entre la nostalgie et la gaieté.
Les Mods s’y retrouvent, fiers de leurs scooters luisants,
héritiers d’une époque révolue mais toujours vivante.
Leur passion, leur style et leur sens de la fête créent une
atmosphère particulière.
Ils sont là, sur la jetée, sous le regard des goélands, des oi
seaux qui semblent tout savoir de la ville.
Brighton, ce n’est pas seulement le bord de mer, le Pier,
les lumières, les couleurs.
C’est aussi la campagne anglaise, toute proche, verddoyante,
silencieuse, presque trop calme après l’agitation de la ville.
Les gens ici sont différents.
Ils parlent, ils rient, ils viennent de partout.
J’aime cette convivialité, ce mélange de cultures, ce senti
ment qui fait de Brighton un endroit unique, où l’on se
sent libre d’être soi.
Je pense à Virginia Woolf, qui a vécu ici.
À Lee Miller, qui aurait su saisir cette lumière, cette étrangeté.
Je pense aussi à Chris Killip, à Tish Murta, à Vanessa
Winship, dont les images m’ont appris à regarder
le monde autrement.
Mes photos sont en noir et blanc.
Parce que la vie ici est faite de contrastes, de nuances, de
moments suspendus entre la mer et la ville.
Brighton, c’est tout cela.
Un lieu où l’on croise des Mods, des goélands, des rêveurs,
des photographes.
Un lieu où la mer est toujours là, silencieuse, indifférente,
fascinante.

Françoise Deprez
Françoise Deprez, Brighton, 2023, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm
Françoise Deprez, Brighton, 2023, tirage photo sur papier baryté, 20 x 30 cm

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