Romain Van Wissen
popularité : 72%
Commissaire : Georges Demarteau
À la galerie de Wégimont
Du 24 janvier au 1er mars 2026
Vernissage le vendredi 23 janvier 2026 à 18h30
L’artiste sera également présent les 1er février 2026 et 1er mars 2026
La véritable histoire de « Tout l’Univers »
La véritable histoire de « Tout l’Univers »

Quelqu’un a sonné à ma porte et a disparu aussitôt, laissant sur le seuil deux grosses caisses de livres, des encyclopédies et des dictionnaires. C’était au mois de mai 2025 et je n’ai toujours aucune idée de qui il s’agissait. Un peu contrarié par cette insolence, j’y ai tout de même jeté un vague coup d’œil. Rien d’intéressant à priori, j’ai failli les mettre au rebut.
Au deuxième coup d’œil, je me suis aperçu que, sous les horribles couvertures en plastique jauni, s’en trouvaient d’autres entoilées et rouges avec l’inscription « Tout l’Univers » en doré vieillissant. Magnifique ! Je les ai récupérées pour en faire des cartons toilés (les rectangulaires
des encyclopédies et les carrées des dictionnaires). Lorsque j’étais plus jeune, mes parents avaient acquis ce genre d’encyclopédies, en quarante volumes plus ou moins. On les trouvait d’ailleurs chez un peu tout le monde, elles garnissaient littéralement et fièrement les étagères des bibliothèques sans jamais en sortir, ou presque. Des livres d’une inutilité crasse, ouverts une fois ou deux par curiosité, avant de reprendre leur place définitive sur leur planche et prendre la poussière.

Leur titre « Tout l’Univers » m’a fait sourire Dépassées dès leur sortie de presse, ces encyclopédies ne pouvaient pas non plus être exhaustives sur l’entièreté de l’univers. C’est cet excès d’ambition qui m’a amusé et immédiatement stimulé. J’ai eu envie de pousser le bouchon un peu plus loin. Avec dérision, j’ai choisi de représenter des sujets banals et sans importance. Mais aussi des jouets un peu ridicules et obsolètes, des gens ou des animaux dans des postures étranges. En somme toutes sortes de choses qu’on ne trouverait probablement pas telles quelles dans une encyclopédie et qui représenteraient plutôt l’envers de l’univers.
Le rouge vif des cartons constitue un fil conducteur à travers tous ces sujets disparates. Le titre y apparaît ou transparaît de temps à autre et souligne encore un peu la dérision des motifs. Certains cartons n’ont pas de titre, ce sont les dos des livres. « Tout l’Univers » est un titre un peu prétentieux. Je sais, mais la thématique est sans limite, et ça, ça me plaît !
octobre 2025

Romain
Romain

Romain est un surdoué. De plus, il sait vivre et aimer. Il sait peindre bien et dessiner bien : il peut faire comme Rembrandt s’il le veut. Mais cela ne l’intéresse pas. Son ambition ne se situe pas dans les musées. Il leur préfère les cuisines et les bibliothèques. De la cuisine, il prend les fonds d’emballages et des livres, les couvertures.
À cause des reliefs dans le premier cas, de la couleur et de la force du support dans le deuxième. À la manière d’un ouvrier qui voit tout et qui solutionne les problèmes. Rien ne pourrait lui faire peur puisqu’il a tous les outils pour arriver à ses fins.
Ses fins, son but est de nous épater par des juxtapositions improbables. L’important est que l’image dans l’image donne des rébus visuels à l’aide de ses matières choisies, car à-propos, collectionnées et aimées car elles l’ont fait sourire.
Il n’a pas besoin d’étaler sa virtuosité qui est partout, non, mais elle lui permet de rester léger. Sa peinture rit. Romain rit quand il travaille et cela se remarque. C’est si remarquable que ses expositions deviennent des symphonies joyeuses.
Qu’y voyons-nous ? Du connu : notre quotidien à tous et sous toutes latitudes, des fleurs au tarmac, d’un sommier aux nuages, d’un éclair à une porte de garde-robe, d’une poupée à un couteau... tout est dans son escarcelle.
Romain, c’est du sucre coloré, des lacquemants, des beignets et de la sauce bolo à leur plus haut niveau. Il peint la vie d’aujourd’hui en se servant d’hier afin d’essayer d’atteindre demain, qui sait ?
Dans tous les cas, Romain nous balade et nous invite à la promenade d’images en images, un chemin étrange fait de bousculades et de formes. Une matière ici, des répétitions par-là. Des séries pour se pénétrer de sa musique. Ce n’est pas difficile, il suffit, pour entrer dans son jeu, de laisser son esprit à l’entrée. Comme on devrait le faire plus souvent sans doute.
Romain pense à son travail sans arrêt, le temps semble lui man- quer, il court, ne veut pas être en retard, alors sa main s’impatiente. Sa main n’a peur de rien puisqu’elle peut compter sur sa science, son savoir, ses armes victorieuses.
Alors arrive l’imprévu sur son seuil : on y a déposé des encyclopédies. Il en fera son support et l’exposera sous toutes ses facettes et dans tous les formats. Il exulte devant ce rouge et le multiplie. Le fond lui donne le sujet, le contraint. Tout est dans tout mais pas nécessairement dans les encyclopédies. L’art n’y a pas sa place. L’art n’a pas de formule chimique et n’est pas dans le fichier. Il n’y a rien !
C’est de quoi il s’agit dans « Tout l’Univers ».
octobre 2025
