Claire Hilgers
Travelling

mercredi 30 mars 2016
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Travelling
La vision en mouvement

Exposition au Churchill du 1er avril au 31 mai 2016

[/Et l’attitude contemplative
est une si grande valeur humaine
qu’elle donne une immensité à une impression
qu’un psychologue aurait toute raison
de déclarer éphémère et particulière
. »
La poétique de l’espace - G.Bachelard/]


J’ai souvent été intriguée par la façon dont nous regardons les choses.
Parfois, d’un coup d’oeil furtif, nous sommes capables de reconstruire très vite la vision entière d’un objet.
D’autres fois, on peut s’arrêter un long temps à contempler une fleur, un morceau de jardin sans même parvenir à les voir dans leur complexité.
Le regard s’attarde ou reconstruit très vite une perception d’ensemble.
La manière de regarder, la façon dont les yeux transmettent à la vitesse de l’éclair les perceptions au cerveau et ce qu’il reconstruit, sont des sujets de recherche passionnants.
En réalité, les yeux sont en perpétuel mouvement, et permettent de recréer par petits bouts une vision d’ensemble – ou du moins cohérente – des choses.
Le travail que je présente dans cette exposition part de ces questions,.
Et s’y ajoute cette autre ambition, donner l’illusion du mouvement à partir d’images fixes, dessinées, imprimées..
Dans les oeuvres présentées ici, j’ai choisi de travailler sur la vision latérale qui balaye de gauche à droite, semblable en cela au sens de la lecture.
Les yeux passent d’un plan à l’autre, une dominante de couleur en appelant une autre, ils circulent, zigzaguent et recomposent.
C’est le découpage qui tente de donner l’illusion du mouvement et la scansion des images qui crée un espace où le regard pénètre en s’ajustant.
« Travelling » en titre, le terme fait référence au cinéma, genre artistique (et lieu de cette exposition).
Au-delà du regard, la rêverie, point de départ de l’imaginaire, d’une réinvention du monde.
L’esprit, soudain, arrête de poursuivre des pensées incessantes qui se bousculent et défilent sans queue ni tête, et … le temps s’arrête.
Happé par le parcours d’un nuage, on le suit, il se déforme au fil du vent, il engendre des formes qui suggèrent un objet, une figure, un animal et l’esprit créateur se met en route.
Qu’importe le prétexte, l’origine de la rêverie, elle s’immisce dans notre vie, souvent ou pas, mais toujours comme une belle respiration qui nous aide à mieux comprendre qui nous sommes, notre statut d’homme dans le monde.
J’ai trouvé – en réponse à mes intuitions - des éclaircissements bien formulés dans le livre de Gaston Bachelard –« La poétique de l’espace ».
Je lui laisse le mot de la fin :
« Nous sommes ici rendus conscients à la fonction d’un regard qui n’a rien à faire, d’un regard qui ne regarde plus un objet particulier mais qui regarde le monde ».

Processus de création
Les œuvres présentées sont des images imprimées en sérigraphie, un procédé qui permet l’impression d’un nombre plus ou moins important de tirages.
L’élaboration du travail se construit par étapes progressives.
Au départ, je capture avec l’appareil photo des bribes de paysages, de ciels, en plans rapprochés ou non.
Ils sont ensuite recadrés puis dessinés avec des outils informatiques tels que la tablette graphique.
De chacune des étapes du dessin est extraite une matrice. Celle-ci servira à imprimer chaque couleur de l’image imprimée.
La déclinaison des couleurs et des papiers de différentes teintes et textures donne lieu à la création d’une série d’images toutes différentes, de 15 à 50 selon les cas.
Le vocable « images imprimées » est entendu ici comme source d’images multiples, se répondant et ensuite recomposées.
Assemblées, coupées et collées côte à côte, elles forment cette ligne horizontale, figurant la vision en travelling latéral.
Un peu à la manière de la planche-contact du photographe ou du plan séquence du cinéaste, le spectateur est invité à balayer l’espace de l’image, à s’y arrêter, à y pénétrer ça et là en y faisant des rapprochements. De ceux-ci naît le mouvement.


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